L’Etat d’Israël a 60 ans, et c’est globalement un échec. On peut s’interroger à l’infini sur les raisons de cet échec.
L’intransigeance des palestiniens ? Oui mais il faut également se demander pourquoi les palestiniens devraient subir les conséquences de la décision occidentale de créer un Etat de toutes pièces sur leur terre.
L’intransigeance des israéliens ? Oui mais il faut dire qu’on ne leur a pas offert le meilleur emplacement pour vivre paisiblement, et que l’accueil de leurs nouveaux voisins n’a pas été terrible (je ne me prononcerai pas pour dire qui a tapé le premier, mais la vérité, c’est qu’il y avait de vrais vilains des deux côtés).
L’incapacité des occidentaux à faire le nécessaire pour régler le problème ? Oui mais il y avait la guerre froide, oui mais on était encore à l’époque coloniale et on n’a pas fait tout ça très bien, il faut le reconnaître.
Il aurait peut-être fallu proposer un autre emplacement; et une fois choisi cet emplacement, il n’aurait pas fallu imposer cette décision à la population palestinienne sans qu’elle ait son mot à dire; il aurait fallu refuser que les habitants de Jérusalem soient expulsés; il aurait probablement fallu réagir plus vivement aux premières violences… Empêcher les injustices qui ont été commises à l’époque, et qui servent aujourd’hui, dans chacun des deux camps, à justifier les nouvelles injustices commises chaque jour.
Je sais que c’est une opinion “scandaleuse”, mais il aurait peut-être fallu ne pas créer un Etat d’Israël… Après tout, une grande majorité des juifs d’Europe, au début du siècle, était farouchement opposée à cette idée. L’extermination par les nazis justifiait une réponse, mais la création de cet Etat-là à cet endroit-là était-elle la meilleure réponse ? Honnêtement, je n’en sais rien et il m’arrive d’en douter.
Mais bon, c’est trop tard. La situation est telle qu’elle est aujourd’hui, et aucun regret ne résoudra le problème. Le problème, c’est d’avancer, et pour avancer, il faut savoir faire justice du passé et envisager l’avenir.
Et c’est là, justement, que la sensation d’échec est la plus cuisante…
Surtout lorsque j’entends les extrémistes juifs (minoritaires, mais omniprésents) affirmer qu’ils ont un droit de propriété d’origine divine sur les “lieux saints”… un raisonnement sur la pureté des origines assez similaire à tous les délires serbes, grand-russes ou même nazis, dont on sait ce qu’ils ont donné. Ces extrémistes sont un véritable obstacle à la paix; ils polluent la vie politique de l’Etat Israélien, font tout pour étendre et poursuivre la colonisation, n’ont pas hésité à assassiner Rabin… bref, ils sont aujourd’hui l’un des principaux obstacles à la paix.
Je m’empresse d’ajouter que, de l’autre côté, les extrémistes palestiniens ne valent pas mieux. On les connaît mieux, on les dénonce plus souvent, leurs délires religieux sont connus. Le drame est qu’ils n’existeraient probablement pas si les américains ne les avaient pas financés et soutenus lorsqu’ils pensaient que ce serait un bon coup à jouer aux Russes en Afghanistan. Mais ceci est une autre histoire.
Le point commun entre ces deux extrémismes, c’est leur archaïsme, leur discours mensonger qui prétend s’appuyer sur une tradition millénaire, et leur conscience très nette qu’ils n’auront plus de raison d’être si un jour le conflit se termine.
Bref, je ne vois pas comment la situation pourrait s’améliorer à moyen terme. Je veux bien espérer, mais je n’arrive pas à être optimiste.
Bon anniversaire quand même, Israël, j’espère que tu trouveras les moyens de grandir. J’espère que ceux de tes citoyens (ils sont nombreux) qui espèrent réellement vivre en paix sauront prendre le dessus.
Au passage, un bon dossier de l’Express sur le sujet : Israël, soixante ans de solitudes