Je trouve le résultat des élections municipales et cantonales d’hier fascinant :
Pour le PS, bien que mal en point, c’est plutôt rassurant de constater qu’au niveau local il peut compter sur des élus compétents et appréciés des électeurs.
Cela dit, François Hollande a raison (comme souvent) lorsqu’il explique que là n’est pas l’essentiel, et que les électeurs ont n’ont pas principalement voté pour le PS, mais à travers ce vote, se sont adressés directement au Président de la République.
Mais quel message ont-ils adressé à Nicolas Sarkozy, les électeurs ? C’est là que les choses se compliquent et que je ne partage pas l’impression de ceux qui pensent que les électeurs réclament une politique plus à gauche… Je me risquerais à une explication personnelle et opposée : il me semble que ceux qui ont fait le résultat de ce dimanche sont probablement ceux qui ont cru aux promesses du candidat Sarkozy au printemps dernier, et sont aujourd’hui déçus.
Ils sont évidemment déçus par le style du Président, mais aussi, probablement, par son action:
- Si j’avais voté Sarkozy en juin dernier en espérant qu’il allait faire quelque chose pour les retraites, je me sentirais trompé par la réformette des régimes spéciaux négociée à prix d’or.
- Si j’avais voté Sarkozy en juin dernier en espérant qu’il allait faire quelque chose pour réduire le déficit public, je serais écoeuré de le voir encore plus dépensier que tous ses prédécesseurs
- Si j’avais voté Sarkozy en juin dernier en espérant qu’il allait me permettre de gagner plus en travaillant plus, je serais vraiment déçu des effets en trompe-l’oeil de la loi sur les heures supplémentaires, dont tout montre qu’elles coûtent cher, et que leur effet est avant tout un effet d’aubaine, les entreprises y voyant l’occasion de faire payer au contribuable les heures que leurs employés réalisaient déjà auparavant.
- Si j’avais voté Sarkozy en espérant qu’il allait rétablir l’ordre et la sécurité, je commencerais à trouver que la farandole de lois “sécuritaires” qu’il a fait voter depuis maintenant 5 ans ne donne pas beaucoup de résultats tangibles…
- Si j’avais voté Sarkozy en juin dernier en espérant qu’il allait relancer l’Europe, je serais sidéré de voir à quel point il a réussi, en si peu de mois, et malgré l’exploit de la signature du traité simplifié, à agacer considérablement une partie des dirigeants de nos pays voisins qui ne le prennent plus au sérieux aujourd’hui.
- Si j’avais espéré que son arrivée allait clarifier et moraliser la politique étrangère de la France, je serais déçu par la visite de Kadhafi et le barnum des otages colombiens.
- Si j’avais voté pour une politique plus lisible que celle de Chirac (pourtant, pas un exploit), je regretterais vraiment d’avoir glissé un bulletin Sarkozy dans l’urne.
Bref, si j’avais voté Sarkozy en juin dernier, j’aurais voulu lui envoyer le message suivant : Tu m’avais séduit, mais là j’ai un gros doute. J’ai même un peu l’impression que tu m’as menti. Alors tiens tes promesses, sinon tu ne retrouveras pas ma voix.
Du coup, je suis assez d’accord avec ceux des membres du gouvernement qui pensent que le message des urnes leur enjoint de réformer davantage et plus vite. Et surtout mieux que jusqu’à maintenant. Bref, il faudrait que le gouvernement se mette au travail. Et pour ça, il faudrait que le Président le laisse travailler… Tout un programme !