Edouard Levé
Thursday, January 24th, 2008
Edouard Levé était un camarade d’école. De la sixième à la terminale, on a joué au foot chaque jour dans la cour du Collège Stanislas. Des fois aux osselets, mais le plus souvent au football.
Vers la fin, on sortait. Je me souviens de fêtes avec Edouard Levé.
Il était roux, il était drôle, et il portait le prénom que ma mère aurait voulu me donner. Je l’aimais bien.
Quinze ans plus tard, à la librairie de Beaubourg, je tombe sur un petit livre : “Angoisse”. Sur la couverture, l’entrée du village d’Angoisse, en Corrèze. Un village près de chez moi.
J’en achète trois exemplaires. Un pour moi, deux pour offrir.
Puis un jour je remarque le nom de l’auteur : Edouard Levé. Est-ce le Edouard Levé que je connais ? Aucune idée.
Dix ans passent encore. Je profite de Paris Photo pour aller à plein d’expositions. Il y a justement une exposition d’Edouard Levé, à la galerie Loevenbruck. Je m’y rends, et je tombe sur Edouard : c’est bien lui, le même Edouard Levé qui jouait au football avec moi et qui a réalisé ce petit livre.
On a discuté un moment. Il se souvenait de moi, se souvenait que j’habitais à Pompadour et y avait pensé lorsqu’il réalisait ses photos à Angoisse. Il m’a dit qu’il cherchait un autre village, non loin, appelé Prozac.
J’ai découvert ses photos également. Que j’aimais beaucoup, surtout ses reconstitutions de rêves érotiques. Et ses photos de personnes portant le nom de gens célèbres. J’aimais sa démarche. Je retrouvais l’humour qu’il avait déjà, à l’école.
J’ai cherché Prozac, je ne l’ai pas trouvé. Je n’ai jamais revu Edouard Levé. Je suis retourné voir une de ses expos.
Ce matin, je fais une recherche Google, pour savoir ce qu’il est devenu… et j’apprends qu’il est mort. Un article de Libé du 17 octobre dernier… Il s’est suicidé.
Je ne le voyais jamais, je le connaissais bien moins que le journaliste de Libé qui lui rend hommage. Mais aujourd’hui, je réalise qu’Edouard Levé va me manquer.
Et que je suis con de ne m’en apercevoir que maintenant.
- Voir ses photos : galerie Loevenbruck
- Libé : Edouard Levé prend ses distances
- Télérama (où j’ai récupéré ce portrait d’Edouard)