Je suis frappé aujourd’hui par les réactions de Juppé et Chevènement face à leurs défaites électorales respectives : puisque les électeurs ne les ont pas choisis, leur premier réflexe est de s’en aller. Démissionner de tous les postes. Bouder.
Et il faudrait trouver que leur attitude est noble. Moi je trouve au contraire qu’elle est lâche et honteuse. Ils sont dans la même logique que Jospin après sa défaite à la présidentielle, emmurés dans une conception de la démocratie où ils sont certains d’avoir raison face au reste du monde.
Une conception de la démocratie où on ne supporte pas l’idée que les électeurs puissent choisir un autre candidat. Où on ne supporte pas l’idée de céder son mandat.
Selon moi, c’est une attitude d’un grand mépris :
- Mépris pour les adversaires : le poste était pour moi, pas pour eux
- Mépris pour les électeurs : ils ne me choisissent pas; ils ont tort, je m’en vais, je démissionne de tous mes autres postes
- Mépris pour la démocratie : je ne suis pas content, je m’en vais, pas question d’être dans l’opposition.
Ce dernier point est le plus grave : la démocratie repose sur l’idée d’alternance, et l’idée d’alternance repose sur l’hypothèse qu’il est aussi noble d’être dans l’opposition qu’au pouvoir, puisqu’on a la responsabilité de préparer une alternative à proposer aux électeurs, qui, si on a bien fait son travail, nous éliront la prochaine fois. Sans opposition constructive et talentueuse, la démocratie meurt. C’est donc la mépriser que de refuser de faire son travail d’opposant.
Certes, il n’est jamais agréable d’être battu. Mais si on croit à la démocratie, il est honteux de fuir après la défaite.
De ce point de vue, on ne peut qu’admirer la réaction de Ségolène Royal, le soir du second tour de la présidentielle.
Le vrai courage, la vraie noblesse, ce n’est pas Juppé, ce n’est pas Chevènement.
June 28, 2007 at 3:43 pm
Je ne comprend toujours pas pouquoi les membres de ce gouvernement ce sont mis cette barrière idiote en travers de leur route. Un ministre n’est pas un représentant du peuple, mais un technicien politique…
Mais non, ces braves gens voulaient certainement avoir une caution populaire pour leurs actions à venir, pouvoir faire tout et n’importe quoi en se targuant d’avoir été élu par le peuple… Pffffff
Pour Chevènement, l’affaire est autre, car il a démissionné d’un mandat local. N’étant plus légitime localement, il me semble normal qu’il prenne conscience de la modification de la réalité politique de Belfort et qu’il laisse les électeurs choisir quelqu’un d’autre…