L’abbé Pierre, 94 ans, attendait avec impatience ce qu’il apelait les “grandes vacances”, pour pouvoir enfin se reposer. Son voeu a été accompli cette nuit…
On pourrait croire qu’il part rassuré, maintenant que les Enfants de Don Quichotte ont su prendre la relève et remuer la générosité du public comme lui même ne pouvait plus le faire.
Il y a pourtant une grande, une très grande différence, selon moi : en dehors de ces coups de gueule indispensables et insuffisants, qui marquent les esprits et retiennent un instant l’attention des médias, l’abbé a réalisé quelque chose de bien plus visionnaire : avec Emmaüs, il a donné du travail aux plus paumés (le premier d’entre eux, un assassin frappant à sa porte avant de se suicider, comme dans un roman improbable, et qu’il a embauché pour terminer la maison d’une femme enceinte…).
Ce faisant, il leur permettait de se recycler, de se reconstruire. Je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est une dimension fondamentale de l’oeuvre de l’abbé Pierre, et certainement celle qui aura les effets les plus concrets.
Car en entendant ce matin tous les politiciens, et Chirac, le premier d’entre eux, se dire bouleversés et verser des larmes (de crocodile ?), je me suis dit que 50 ans d’abbé Pierre n’ont pas fait émerger un seul homme politique capable de résoudre, ou tout simplement (c’est plus réaliste) de s’agiter pour trouver un début de solution durable au problème des sans logis…
Je sais que cette impression est injuste et inexacte, mais je sais aussi c’est bien ce que j’ai ressenti.
Détail saugrenu qui n’a rien à voir : en réentendant l’appel de 54, j’ai été frappé par la ressemblance entre les intonations dans la voix de l’abbé Pierre et la manière de parler de François Bayrou.