De plus en plus, dans un certain discours politique (pas seulement à gauche de la gauche) ces trois mots sont en train de devenir des quasi-synonymes.
J’ai même cru lire que François Hollande s’était déclaré antilibéral. Et Aïe donc, pourquoi pas…
Tout ça me paraît dangereux, parceque à force de tout confondre, on finit par dire que musulman = terroriste juif = colon extrémiste, américain = bigot bushiste, allemand = nazi, espagnol = gnol et autres bêtises du même genre.
Donc reprenons au début.
Un capitaliste, c’est quelqu’un qui a du capital, et qui utilise ce capital pour mobiliser de la force de travail, afin d’obtenir du profit. On peut penser ce qu’on veut de l’activité d’un capitaliste, mais pour avoir passé plus de deux ans à chercher du travail, j’ai appris un truc : la force de travail toute seule, sans capital pour la mobiliser, eh bien elle est au chômage, la force de travail.
Donc, jusqu’à preuve du contraire, un capitaliste, c’est quelqu’un qui donne du boulot… Enfin, il ne le donne pas, le boulot : il l’achète à un travailleur qui le lui vend.
Il y a des capitalistes qui sont de véritables salauds, des voleurs, des escrocs, des individus peu recommandables, et il y en a d’autres qui sont des gens bien. Un peu comme chez les travailleurs, en somme.
Un libéral, ce n’est pas la même chose qu’un capitaliste. C’est un peu plus compliqué, mais si on s’en tient au terrain économique, un libéral, c’est quelqu’un qui pense que l’initiative individuelle est une bonne chose, que la concurrence est une bonne chose, que le marché est un mécanisme intéréssant à mettre en oeuvre et qui peut bénéficier à la société dans son ensemble si on en contrôle le fonctionnement. Les premiers penseurs libéraux ont également été les premiers à mettre en évidence les imperfections et les failles du marché, et à proposer des remèdes. Donc l’équation libéral = supporter aveugle des forces de marché est fausse.
Les capitalistes et les libéraux sont parfois d’accord, par exemple lorsqu’ils vantent les mérites de la concurrence et du marché. Mais ils sont parfois en opposition, comme lorsque les libéraux proposent de lutter contre les monopoles et les abus de position dominante en mettant en oeuvre une politique de la concurrence.
Il faut vraiment n’y rien comprendre pour croire que la politique de la concurrence est une politique au service des capitalistes. Au contraire, c’est une manifestation de la force publique lorsqu’elle cherche à réguler les excès auxquels pourrait mener le jeu d’une concurrence sans entrave.
Bref : un capitaliste et un libéral, ce n’est pas tout à fait la même chose.
Un voleur, c’est quelqu’un qui prend quelque chose qui n’est pas à lui, à l’insu du propriétaire de la chose. Jusqu’à preuve du contraire, il y a des capitalistes voleurs et des libéraux voleurs, mais ce n’est pas la même chose.
Tout ça pour dire que je n’aime pas beaucoup un certain discours politique qu’on entend de plus en plus ces temps-ci, et pas seulement à gauche de la gauche.