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Les classes moyennes à la dérive

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Les classes moyennes à  la dérive, de Louis ChauvelHier, j’ai lu un grand livre : Les classes moyennes à la dérive, de Louis Chauvel.

Je ne dis pas ça parceque j’ai eu la chance de travailler aux côtés de l’auteur dans une autre vie. Je dis ça parceque les livres qui vous ouvrent les yeux sont vraiment rares. Les classes moyennes à la dérive n’est pas un autre ouvrage à la mode sur le “déclin de la France”, c’est la mise en évidence d’un mécanisme qui se met en place sous nos yeux depuis des années et dont le potentiel est explosif, voire révolutionnaire.

Louis Chauvel est déjà l’auteur d’un superbe “destin des générations“. Avec le petit livre publié aujourd’hui, il reprend le thème de l’ouvrage précédent, l’actualise, et se concentre sur ce groupe particulier et difficile à cerner qu’on appelle “classes moyennes”.
La première partie de l’ouvrage est classique : on utilise les informations statistiques disponibles pour essayer de délimiter les classes moyennes, et aboutir au constat que c’est impossible, mais néanmoins utile d’essayer, ne serait-ce que pour avoir une représentation, même floue, de la réalité de “ceux qui sont entre le haut et le bas”.

Ce travail, pour intéréssant qu’il soit, n’est ni original ni nouveau. On trouve déjà sensiblement les mêmes infos dans le livre précédent. C’est la suite qui devient passionnante : en effet, même si, objectivement, les “classes moyennes” semblent n’avoir rien en commun, il existe en France une forte identification subjective à la “classe moyenne” (les deux tiers des Français prétendent y appartenir). Et lorsqu’on y regarde de plus près, lorsqu’on essaye de tracer l’histoire de ces groupes si hétérogènes sur deux générations, une communauté de destin apparaît, communauté de destin au potentiel explosif.
Le constat est le suivant : pour un nombre croissant d’enfants issus des groupes sociaux qui ont été les grands “gagnants” des trente glorieuses, il est impossible de “réussir” par soi-même dans la vie”. Difficulté à trouver un emploi stable, coût de la vie, augmentation quasi nulle du niveau de vie, hausse des prix du logement, tous les facteurs se combinent pour faire qu’un trentenaire ou un quadragénaire aujourd’hui a toutes les chances de s’en tirer moins bien que ses parents au même âge. De plus en plus, le niveau de diplôme cesse d’être une protection contre le déclassement. De plus en plus, on se contente de ce qu’on trouve et on cesse d’espérer.
Les origines de cette situation sont nombreuses : nos parents ont pris les postes de responsabilité, sont restés jeunes longtemps, n’ont pas créé de place pour les générations suivantes, se sont attribués des retraites confortables qui pèsent aujourd’hui sur nos perspectives, ont tiré tous les bénéfices de la croissance de l’après-guerre, ont réussi des carrières qui faisaient rêver leurs parents, et ne nous ont laissé que les miettes.

Statistiquement et financièrement, la “génération 68″ a réalisé le hold-up du siècle, et les “enfants de la crise” n’ont jamais pu participer à la fête. Résultat : de plus en plus, l’accès au patrimoine passe par le recours à l’aide parentale. La génération des “profiteurs” paye sa dette de manière privée, en aidant ses enfants. Cette tendance, lourde et massive, permet d’atténuer les effets explosifs de la crise, de la rendre plus discrète. En même temps, c’est un facteur d’accroissement des inégalités entre ceux dont les parents “peuvent” et ceux qui doivent se débrouiller par eux-mêmes.

La blague de psychiatre ” grand-père instituteur, père polytechnicien, fils schizophrène” est un saisissant raccourci de cette dérive des “classes moyennes”, dont Louis Chauvel essaye d’anticiper les conséquences politiques, déjà à l’oeuvre dans le non au référendum européen et dans la montée des votes extrêmes.

Louis Chauvel nous démontre que, sans aucun doute, la question de l’évolution de ces classes moyennes est le défi central de la société française dans les décennies à venir. A ce titre, c’est à une véritable relecture des enjeux de la prochaine campagne présidentielle que son petit livre nous invite. Une relecture véritablement éclairante.

Si voter utile, c’est voter en fonction d’enjeux pertinents, alors tous ceux qui auront lu Les classes moyennes à la dérive voteront utile, quel que soit leur choix.

Louis, merci pour cet ouvrage citoyen, au sens noble du terme.

Les Classes moyennes à la dérive
Louis Chauvel
Le Seuil, coll. République des Idées
10€50

4 Comments

  1. Voter utile, ça me rappelle qq chose…

  2. Avec la candidature de Chevènement, ça va redevenir un concept d’actualité :-)

  3. Louis Chauvel vient faire la promotion de son livre sur France 2 en face de Françoise Laborde au 13H. Sympathique le gars mais il enfonce des portes ouvertes, tout ce qu’il dit sur les classes moyennes et surtout sur les gens d’en bas (SDF, emplois précaires, chômeurs, ou surdiplomés sans emplois…dont je fais partie) n’est pas un nouveau constat. Les institutions françaises se délitent, les politiques se discréditent eux-mêmes par leurs discours pontifiant et surranés, la France est foutue (depuis quelques années déjà) et ce n’est pas la promesse d’un avenir meilleur (avec le retour de la gauche et la création d’une VIème Répunlique qui fera changer les choses !….)
    Voter ne sert plus à rien puisque les gouvernants qui se succèdent sont incapables d’enrayer le chômage et la fracture sociale : Lorsqu’on écrit aux élus locaux pour leur faire part d’une situation sociale pénible , les lettres vont au panier !
    Ce sont les patrons qui gouvernent la France ! Le livre “la France invisible” est encore plus édifiant et dénonce une société pourrie .Le partage des richesses ? faut pas rêver non plus : vous avez déjà vu un homme riche donner de l’argent à un pauvre de façon désintéressée ? biensûr que non !

    Seules façons de s’en sortir : s’expatrier dans un autre pays où il y a encore du travail ou bien apprendre le day-trading et spéculer en Bourse (le pays des gens heureux !) encore faut-il en avoir les moyens !

  4. Bonjour Alex… C’est un peu noir tout de même, non ?
    Je pense personnellement que c’est une erreur de considérer les élus comme des pourris et des incapables. Beaucoup d’entre eux font un boulot considérable. Quant aux patrons, ce n’est pas forcément une espèce nuisible (cela dit, il faudrait une sacrée opportunité pour me convaincre de revenir travailler pour un patron).

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