Archive for October, 2006

Les classes moyennes à la dérive

Tuesday, October 31st, 2006

Les classes moyennes à  la dérive, de Louis ChauvelHier, j’ai lu un grand livre : Les classes moyennes à la dérive, de Louis Chauvel.

Je ne dis pas ça parceque j’ai eu la chance de travailler aux côtés de l’auteur dans une autre vie. Je dis ça parceque les livres qui vous ouvrent les yeux sont vraiment rares. Les classes moyennes à la dérive n’est pas un autre ouvrage à la mode sur le “déclin de la France”, c’est la mise en évidence d’un mécanisme qui se met en place sous nos yeux depuis des années et dont le potentiel est explosif, voire révolutionnaire.

Louis Chauvel est déjà l’auteur d’un superbe “destin des générations“. Avec le petit livre publié aujourd’hui, il reprend le thème de l’ouvrage précédent, l’actualise, et se concentre sur ce groupe particulier et difficile à cerner qu’on appelle “classes moyennes”.
La première partie de l’ouvrage est classique : on utilise les informations statistiques disponibles pour essayer de délimiter les classes moyennes, et aboutir au constat que c’est impossible, mais néanmoins utile d’essayer, ne serait-ce que pour avoir une représentation, même floue, de la réalité de “ceux qui sont entre le haut et le bas”.

Ce travail, pour intéréssant qu’il soit, n’est ni original ni nouveau. On trouve déjà sensiblement les mêmes infos dans le livre précédent. C’est la suite qui devient passionnante : en effet, même si, objectivement, les “classes moyennes” semblent n’avoir rien en commun, il existe en France une forte identification subjective à la “classe moyenne” (les deux tiers des Français prétendent y appartenir). Et lorsqu’on y regarde de plus près, lorsqu’on essaye de tracer l’histoire de ces groupes si hétérogènes sur deux générations, une communauté de destin apparaît, communauté de destin au potentiel explosif.
Le constat est le suivant : pour un nombre croissant d’enfants issus des groupes sociaux qui ont été les grands “gagnants” des trente glorieuses, il est impossible de “réussir” par soi-même dans la vie”. Difficulté à trouver un emploi stable, coût de la vie, augmentation quasi nulle du niveau de vie, hausse des prix du logement, tous les facteurs se combinent pour faire qu’un trentenaire ou un quadragénaire aujourd’hui a toutes les chances de s’en tirer moins bien que ses parents au même âge. De plus en plus, le niveau de diplôme cesse d’être une protection contre le déclassement. De plus en plus, on se contente de ce qu’on trouve et on cesse d’espérer.
Les origines de cette situation sont nombreuses : nos parents ont pris les postes de responsabilité, sont restés jeunes longtemps, n’ont pas créé de place pour les générations suivantes, se sont attribués des retraites confortables qui pèsent aujourd’hui sur nos perspectives, ont tiré tous les bénéfices de la croissance de l’après-guerre, ont réussi des carrières qui faisaient rêver leurs parents, et ne nous ont laissé que les miettes.

Statistiquement et financièrement, la “génération 68″ a réalisé le hold-up du siècle, et les “enfants de la crise” n’ont jamais pu participer à la fête. Résultat : de plus en plus, l’accès au patrimoine passe par le recours à l’aide parentale. La génération des “profiteurs” paye sa dette de manière privée, en aidant ses enfants. Cette tendance, lourde et massive, permet d’atténuer les effets explosifs de la crise, de la rendre plus discrète. En même temps, c’est un facteur d’accroissement des inégalités entre ceux dont les parents “peuvent” et ceux qui doivent se débrouiller par eux-mêmes.

La blague de psychiatre ” grand-père instituteur, père polytechnicien, fils schizophrène” est un saisissant raccourci de cette dérive des “classes moyennes”, dont Louis Chauvel essaye d’anticiper les conséquences politiques, déjà à l’oeuvre dans le non au référendum européen et dans la montée des votes extrêmes.

Louis Chauvel nous démontre que, sans aucun doute, la question de l’évolution de ces classes moyennes est le défi central de la société française dans les décennies à venir. A ce titre, c’est à une véritable relecture des enjeux de la prochaine campagne présidentielle que son petit livre nous invite. Une relecture véritablement éclairante.

Si voter utile, c’est voter en fonction d’enjeux pertinents, alors tous ceux qui auront lu Les classes moyennes à la dérive voteront utile, quel que soit leur choix.

Louis, merci pour cet ouvrage citoyen, au sens noble du terme.

Les Classes moyennes à la dérive
Louis Chauvel
Le Seuil, coll. République des Idées
10€50

Démocratie chez Clémentine Autain

Wednesday, October 25th, 2006

Clémentine Autain est l’une des prétendantes à la candidature de la gauche de la gauche, avec José Bové et Marie-George Buffet. C’est une jeune apparentée communiste, adjointe à la mairie de Paris.

Ce lundi, elle a publié une tribune dans Libération. Il fallait qu’elle se dépêche, car ses deux concurrents avaient fait des tas de déclarations dans les journaux et elle risquait de se faire doubler.

Elle a donc rédigé vite fait une tribune dans Libé, qui m’a profondément agacé. Pas à cause des idées (je ne suis d’accord avec rien de ce que dit Clémentine, ceci est une autre histoire), mais surtout à cause du rapport inquiétant à la réalité qu’elle entretient dans ce court petit texte : elle qualifie Sarkozy d’ultralibéral (c’est un interventionniste), moque les oeillades de Ségolène Royal à Blair comme si c’était un crime, et prétend que les classes populaires attendent que la gauche se radicalise, alors que depuis 30 ans on voit les électeurs des classes populaires fuir vers l’extrême droite… Bref, un tissu d’illusions mélangées à des clichés. Vous pouvez aller lire le texte sur le blog de Clémentine Autain, pour vous faire une idée.

Agacé par ce texte, je me rends sur le blog et poste un commentaire, ni injurieux ni aggressif, mais critique tout de même. Trois jours plus tard la discussion se poursuit et les commentaires encourageants ou élogieux se succèdent, le mien n’est toujours pas publié.

C’est une conception du dialogue comme une autre.

5000 ans de Moyen-Orient en 90 secondes

Tuesday, October 24th, 2006

Maps of war

Une animation fascinante, trouvée une fois de plus grâce à l’un de mes blogs favoris, Information Aesthetics : Sur la carte, et le long d’une période de 5000 ans, défilent les envahisseurs successifs du Moyen-Orient.

Ca ne permet pas de prévoir l’avenir, mais c’est simplement vertigineux. Et ça donne envie de réviser un peu certaines périodes, euh… oubliées.
L’Orient compliqué, disait le Général…

Lien : Mapsofwar.com

Expliquez-moi la différence entre Saddam et Poutine

Monday, October 23rd, 2006

J’aimerais bien qu’on m’explique ce qui différencie fondamentalement Saddam Hussein et Vladimir Poutine.

  • Pour massacrer les peuples sur leur territoire, champions du monde
  • Pour museler la presse et assassiner les journalistes, égalité parfaite
  • Pour se foutre de notre gueule et se prétendre démocrates, imbattables (et pourtant dans cette discipline, la concurrence est rude)
  • Pour avoir du pétrole et s’en servir afin de faire danser les occidentaux, parcours sans faute de chaque côté.

Si l’un des gentils députés spécialistes en droits de l’Homme qui se trouvent dans notre beau pays (par exemple, l’un de ceux qui ont trouvé le temps la semaine dernière de voter une loi urgente sur le génocide des arméniens en Turquie) pouvait prendre 2 minutes pour s’arrêter sur mon site et m’expliquer la différence, ce serait sympa.

Le spam se porte bien

Tuesday, October 17th, 2006

Extrait d’un message reçu à l’instant de mon hébergeur, OVH :

Nous avons eu quelques problèmes de surcharges au niveau
du traitement des emails à cause du spam qui a doublé
en moins d’1 mois.

Oui vous avez bien lu : le spam a doublé en moins d’un mois. Vu l’importance d’OVH sur le marché, ce chiffre doit, malheureusement, correspondre à la réalité. Et vu l’importance du spam dans mes boites aux lettres depuis une semaine, je ne suis pas très étonné.
Je commence à craindre qu’Internet y laisse des plumes…

Je suis de gauche #5 : Droit au logement

Tuesday, October 17th, 2006

Je suis de gauche, donc je suis contre le soi-disant “droit au logement” qui interdit aux propriétaires de disposer de leurs biens immobiliers.
Plus globalement, je suis assez prêt à croire que si les propriétaires avaient le droit d’expulser les mauvais payeurs, de fixer les loyers librement et de faire respecter leurs droits de propriété comme bon leur semble, ils seraient plus enclins à louer leurs biens simplement, sans demander des tonnes de garanties, des cautions parentales, des mois de salaire, et sans sélectionner leurs locataires sur leur gueule ou leur origine raciale.

Oui, je pense que finalement, rétablir un peu d’injustice rendrait les choses plus justes. Car aujourd’hui, qui sont ceux qui ne parviennent pas à trouver un logement à louer ? Ceux qui ne peuvent pas montrer patte blanche : ceux qui n’ont pas un papa et une maman pour leur donner une caution. Vous trouvez ça juste, vous ?

En outre, de quel droit quelqu’un qui ne paye pas son loyer pendant des mois devrait-il continuer d’occuper les lieux au détriment du propriétaire ? Au nom de quoi, sous prétexte que l’occupant a des difficultés réelles, des enfants, une femme, faudrait-il qu’on lui donne le droit de rester indéfiniment sans payer son dû ?

Je suis tout simplement partisan de l’expulsion pacifique et rapide. Ce n’est pas à un propriétaire de prendre en charge les problèmes de son locataire, c’est à la collectivité. Et c’est d’ailleurs ce qu’elle fait, la collectivité : plus de la moitié des locataires en France touchent des aides au logement.

Récemment j’ai lu une étude (dans Libé je crois) qui suggère que, en fait, toutes ces aides apportées aux locataires finissent tout simplement dans la poche des propriétaires qui peuvent se permettre d’augmenter leurs loyers. Il faudrait peut-être également remettre en question ce genre de distribution d’argent, s’il est démontré que ça ne sert à rien.

Je sais, ça n’a pas l’air de gauche comme idées. Ce n’est pas dans l’air du temps et tout et tout. Mais le souci que l’argent public soit bien dépensé ne me paraît pas une idée absurde. Et s’il faut pour cela remettre en question des politiques apparemment généreuses mais qui ont des effets pervers, je ne vois pas le problème. Je dirais même que c’est pour ça qu’on paye nos hommes et femmes politiques.

Wanadoo est devenu Orange

Monday, October 16th, 2006

… C’est la phrase qu’ils répètent toutes les 2 secondes, lorsqu’on appelle le service technique censé nous aider à faire remarcher notre Livebox.

Eh oui, ce matin en arrivant chez moi, Wanadoo en carafe… Pardon, Orange en panne.  J’appelle donc le service technique…

Je tombe sur un type. Apeine le temps de décrire mon problème, et me dit que je dois changer mes filtres ADSL. A ce stade, je sais déjà que le type me raconte n’importe quoi. Il n’a aucun moyen d’avoir les infos suffisantes pour diagnostiquer mon problème.
Il me dit de me rendre à mon agence France Télécom pour échanger gratuitement les filtres (ils ont peut-être été abimés par un orage, m’explique-t-il). Je lui demande où se trouve ladite agence, il me répond qu’il n’en sait rien et me fait comprendre que c’est une question à laquelle il n’a aucun moyen de répondre.

Bon.

Je trouve un autre filtre, je teste, ça ne fonctionne toujours pas, alors je rappelle. “Wanadoo est devenu Orange“… Après quelques essais (tous nos opérateurs sont occupés), je tombe sur un autre type du même accabit que le premier : vous avez essayé vos autres filtres, mais ce n’est pas ce qu’on vous a demandé : à votre agence France Télécom, on va vous donner les bons filtres qui marchent. Au revoir monsieur.
Lui aussi se fout de ma gueule. Je raccroche, j’appelle le service clientèle où j’apprends que l’agence France Télécom est à 50 kilomètres de chez moi.

Je rappelle donc le service technique, et là je tombe sur un type qui essaye de m’aider, puis, n’y parvenant pas, me met en rapport avec mon agence France Télécom (ah bon, mais alors c’est possible ??? Ils peuvent, au service technique, trouver mon agence Francé Télécom ???), laquelle m’indique qu’il y a un problème de réseau autour de chez moi, qui sera réparé sous quelques jours.

45 minutes de coups de fil avec des types incompétents qui me racontent n’importe quoi pour finir par apprendre ce que je sais depuis le début, puisque lorsque la petite lumière avec un arobase clignote rapidement, ça veut dire qu’il y a un problème avec la ligne ADSL, c’est marqué dans la notice.

J’ai fait un rêve : qu’Orange redevienne Wanadoo.

Logique turque à l’Assemblée Nationale

Thursday, October 12th, 2006

On veut mettre en prison tout ceux qui nient l’existence d’un génocide en Arménie. Soit, pourquoi pas ? Moi je trouve que ça n’a pas de sens, mais bon, on peut discuter.
Mais pourquoi laisser en liberté ceux qui prétendent qu’il n’y a pas eu de tortures en Algérie ? Pourquoi laisser en paix ceux qui disent que les essais nucléaires français dans le Pacifique ont été bénéfiques pour la santé des habitants ? Pourquoi s’occuper de donner des leçons à la Turquie avant de se soucier des pages noires de l’histoire de notre pays (même si, je suis d’accord, il ne faut pas confondre l’Algérie avec un génocide) ?
Et si on veut aller par là, pourquoi s’occuper de ce génocide-là plutôt que des massacres qui se sont déroulés ou se déroulent depuis quelques décennies au Cambodge, en Tchétchénie, au Rwanda, au Kurdistan, en Palestine ?

Pourquoi ne pas non plus faire la leçon à tous les dictateurs, massacreurs et autres fléaux de l’humanité ?

On fait les choses complètement, ou on ne les fait pas. Je trouve ce projet de loi bizarre et je n’en comprends pas les motivations. Les députés n’ont-ils pas autre chose à faire ?

Il me semble, en plus, que tout le monde est d’accord sur le fait qu’il y a eu un génocide en Turquie. Quel est l’enjeu ? Quel est le débat ? Faire taire quelques illuminés ? A quoi bon ? Les arméniens ont-ils besoin de cette loi ? Et si oui pourquoi ? Que cache ce projet de loi ?

Ne serait-ce pas plutôt une manière détournée de contribuer à l’échec de toute tentative d’entrée de la Turquie en Europe ?

Inspection du Travail : 1 - Blogosphère : 0

Tuesday, October 10th, 2006

A l’inspection du Travail, on ne prise pas la liberté d’expression, semble-t-il… Un inspecteur du travail-blogueur a pris la décision de fermer son blog, confronté à la pression de sa hiérarchie qui n’avait pas apprécié l’un de ses billets.

Je me suis fait ces derniers mois quelques amis inspecteurs du travail. La culture de leur corps semble pourtant assez ouverte… Je suis surpris.

Surpris et furieux, furieux comme toujours lorsque je vois qu’on empêche quelqu’un de dire ce qu’il a à dire, surtout lorsque ce qu’il a à dire ne nuit à personne.

Je ne lisais pas ce blog, j’ai appris la nouvelle via Kozlika et chez Maître Eolas…

Va-t-on devoir créer un syndicat pour défendre les blogueurs attaqués par leurs patrons, chefs, employeurs et autres supérieurs ?

Concertation préalable des partenaires sociaux avant toute modification du Code du Travail: et si c’était une erreur ?

Tuesday, October 10th, 2006

Après la catastrophique crise du CPE, l’idée de soumettre toute future modification du Code du Travail aux partenaires sociaux semble relever du bon sens.

En annonçant cette nouvelle règle ce matin au Conseil Economique et Social, Chirac a joué sur du velours.

Pourtant je trouve ça étrange qu’un gouvernement ait besoin que cette règle existe pour l’appliquer. Qu’il y ait un ministère des affaires sociales employant des centaines de fonctionnaires, un ministère du travail, un ministère de l’Economie, et qu’on puisse faire un projet de loi modifiant le Code du Travail sans en parler auparavant avec les syndicats, je trouve ça totalement hallucinant comme idée. Qu’il faille encore faire une réforme pour obliger les gouvernements à penser à ça, c’est ubuesque. A quand la réforme pour faire penser aux ministres à se lever le matin pour venir travailler ?
Deuxième point qui me gène un peu : les syndicats en France sont tout sauf représentatifs. Du côté patronal, ils représentent une toute petite partie des chefs d’entreprise, et du côté des salariés, ils ne représentent qu’une partie de plus en plus réduite des employés des administrations et des grandes entreprises.

Une majorité des artisans, des indépendants, des petits patrons, des employés de PME, sans parler des chômeurs ou des étudiants, bref, une majorité de français, ont des intérêts qui n’ont rien à voir avec ceux défendus par les partenaires sociaux, et je trouverais inquiétant que les syndicats et le MEDEF puissent être un passage obligé pour valider des réformes d’intérêt général.
Conclusion : l’idée est peut-être bonne sur le papier, mais pas avec les partenaires sociaux que nous avons en France. Vraiment pas. Je suis convaincu que c’est une grave erreur d’accroître encore le poids de ces organisations si peu représentatives et de diminuer encore la liberté d’action des politiques, qui, eux, au moins, sont élus et donc représentatifs.

Consulter les partenaires sociaux, oui. En faire des co-législateurs, non.

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