J’ai été visiter le “musée des arts premiers”. A priori, j’étais assez certain que ça allait me plaire, car j’aimais beaucoup l’ancien musée des arts africains et océaniens… A priori, la muséographie ayant fait de gros progrés, tout aurait dû être mieux.
Eh bien en fait, non. C’est le contraire : je n’ai rien compris à ce musée.
Commençons par le bâtiment : il est très beau. C’est un bel endroit, rien à dire.
Maintenant, la visite.
Tout commence par la rampe. Avant d’accéder à la rampe, on a traversé le jardin puis le hall.
On prend donc la rampe, et on marche.
Un virage, deux virages, on se demande si on est dans la bonne direction… On suit un long couloir sous le toit avec des projections vidéo… Comme les autres gens avancent, on avance aussi avant d’arriver à un petit carrefour qui nous signale qu’on arrive enfin dans les collections. Donc première chose : ne venez pas avec votre mémé, car il faut marcher un bon bout de temps avant de voir son premier objet d’art premier.
Là, on choisit son continent… Pour nous, c’était l’Amérique.
On se croirait un peu dans un magasin Nature et découvertes, on se promène dans une semi-obscurité, et on admire quelques objets assez décoratifs et un peu ethniques disposés dans des vitrines assez design. Trois ceintures ici, quatre pots là-bas… Pour avoir une idée de ce qu’on regarde, il faut trouver l’étiquette, tellement discrète qu’on doit faire le tour de la vitrine, avec les autres visiteurs eux aussi à la recherche de la précieuse information.
Quand on a de la chance, l’étiquette est éclairée, donc on peut lire… sinon, on passe à la vitrine suivante.
En dehors de cette présentation pas très accueillante, j’ai été déçu du tout petit nombre d’objets, une sélection de quelques centaines sur des collections qui en comprennent plusieurs dizaines de miliers.
Ensuite, il y a le problème des commentaires… parmi les perles, cette vitrine où l’on nous montre des pagaies et des casse-têtes. Le titre de la vitrine : “La mise à distance”. Le texte : une soupe pseudo-structuraliste expliquant qu’en Amérique du Sud, le thème de la mise à distance est omniprésent dans toutes sortes d’objet, dont notamment les pagaies et les casse-têtes. D’un côté, la pagaie cherche à mettre à distance l’endroit d’où on vient, et le casse-tête cherche à mettre à distance l’ennemi qui reçoit le coup. Et, oh chose admirable, sur le plan formel, ces objets sont construits d’une manière structuralistement conforme à leur destination : ils comportent une poignée (le moi), un manche (la distance) et une extrémité (le truc qu’on veut mettre à distance). Symbole, objet, correspondance, émerveillement, miracle !
OK, mais expliquez moi comment on rame avec une pagaie qui n’a pas de manche…
Il y a aussi des films, sur le mur de certaines salles. Les films passés sont assez intéréssants. Mais les écrans sont minuscules, et situés à la hauteur de la taille, ce qui fait qu’on doit se pencher pour les regarder. Et comme les haut-parleurs sont à la hauteur des genoux, il faut pencher la tête pour entendre… A la fin c’est fatiguant.
Il y a aussi les écrans interactifs, qu’on pilote avec le doigt, et qui sont tellement peu ergonomiques qu’au bout de trois clics, on ne sait plus où on se trouve dans l’arborescence… Je passe mes journées à concevoir et visiter des sites web depuis plus de 10 ans, et là, en 2 secondes, je me suis trouvé avec moins de repères que propulsé en plein coeur d’un mod Half-Life.
Il y a aussi plein de choses, mais vous les découvrirez vous-mêmes, car un billet de blog, normalement, c’est 4-5 lignes.
Plus globalement, ces objets exposés un peu au hasard (certains anciens, d’autres tout à fait récents, comme si ces sociétés n’avaient pas d’histoire), ces aires géographiques présentées sur quinze mètres carrés de vitrines, je n’en ai compris ni la signification ni l’utilité.
Arts d’Afrique, d’Océanie et d’Asie ? Mais pourquoi des bols à côté des masques ? Pourquoi des manteaux à côté des objets rituels ? Mélange d’objets volés ou offerts au temps des colonies, d’objets collectés par les ethnologues, et d’objets récents, tout simplement achetés… présentés de manière erratique et incompréhensible sur fond de commentaires charabieux et prétentieux (pauvre Levi Strauss !).
Pourquoi ça alors qu’on nous laisse deviner la plus belle collection d’instruments de musique à des centaines de kilomètres à la ronde ? Alors qu’on nous explique que la collection est l’une des plus riches au monde ?
Non, je ne comprends pas ce que cherche à nous montrer le musée du quai Branly. Rendez-nous le musée de la Porte Dorée, ses relents coloniaux et ses grandes salles remplies d’objets mystérieux !