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Human after all

Sur la Turquie : un peu honte d’être européen

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Hier j’écoutais de Villiers sur France Infos. Il parlait de l’Europe, et expliquait qu’il était contre l’Europe supranationale car selon lui la Nation est l’horizon indépassable de la politique. Il poursuivait son raisonnement, très logiquement, en pronant la coopération pacifique entre Etats, et à ce titre, il se disait européen.

Je ne partage pas son sentiment, mais jusque là, son raisonnement est logique. Seulement, lorsqu’il poursuit en disant à quel point il est contre l’entrée de la Turquie en Europe, je ne comprends plus où il veut en venir : si l’Europe vue par De Villiers se limite à une coopération pacifique entre Etats, à quel titre la Turquie en serait-elle exclue ? Entend-il proposer à ce pays une compétition hostile ? Y a-t-il quelque chose qui nous empêche d’être amis avec la Turquie et de coopérer avec elle ? Ou bien s’agit-il d’un sombre calcul politique pour récupérer des voix racistes ? Je ne peux pas le croire, Oh non, c’est impossible qu’un homme politique puisse tomber aussi bas.
Au fond, je comprends mieux l’argument démocrate-chrétien quand il s’agit de s’opposer à l’entrée de la Turquie en Europe : Giscard, Bayrou et leurs amis considèrent l’Europe comme une construction à la fois politique et culturelle, qui représente l’aboutissement d’une civilisation : la civilisation chrétienne de l’Europe. A ce titre, la Turquie n’a effectivement pas grand chose à faire au sein de la “famille européenne”.

Je ne partage pas cette analyse non plus, ou alors pourquoi ne pas exclure les orthodoxes, qui sur le plan de la culture et de la conception religieuse, sont vraiment très différents des catholiques et des protestants ? D’ailleurs, ces protestants, ils ne sont pas vraiment tout à fait comme nous… des gens qui ne respectent même pas le pape ! Bref, toute idée d’une civilisation chrétienne n’est pas totalement fausse, mais en faire un concept politique me paraît bon à une seule chose : ranimer les bonnes vieilles guerres de notre bonne vieille Europe. Je ne partage donc pas l’analyse des démocrates-chrétiens. Mais bon, il me semble que si j’étais catholique, pourquoi pas ? Au moins, le rejet de l’adhésion turque par ces gens-là me paraît-elle sincère. Erronée mais sincère.
Pour finir et en arriver à ce qui me préoccupe, je voudrais dire combien j’ai été impressionné par la chronique prononcée ce matin sur France Culture par le journaliste turc Serdar Devrim, et dans laquelle il énonce clairement sa colère sur la manière dont les européens traitent son pays, lui promettant l’adhésion puis accumulant les obstacles arbitraires et les vexations, modifiant à chaque fois les règles du jeu pour rendre cette adhésion plus difficile, plus lointaine, plus hypothétique.

Une saine colère, que je partagerais si, étant moi-même européen, je ne ressentais pas plutôt une certaine honte.

Ecoutez donc cette chronique de Serdar Devrim (et dépêchez-vous, car je suppose que les podcasts ne restent pas éternellement sur le site de France Culture). Et dites-moi ensuite si vous êtes fiers d’être européens.

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