L’affaire DSK/Banon ne m’intéresse pas beaucoup. Mais je lis le journal.
J’ai donc lu, comme tous ceux qui savent lire, que la plainte a été classée sans suite, car les faits sont prescrits. J’ai lu, comme tous ceux qui savent lire, que la qualification de tentative de viol n’est pas retenue, mais que, en revanche, les faits peuvent être qualifiés d’aggression sexuelle. Et j’ai lu, comme tous ceux qui lisent les articles jusqu’au bout, que la qualification d’”aggression sexuelle”, dans ce cas, repose sur les faits admis par DSK lui-même (qu’il mente ou non, je n’en sais rien, ce n’est pas la question) : il aurait tenté d’embrasser Tristane Banon, elle aurait refusé, il n’aurait pas insisté, elle serait partie.
Bon. Voilà, l’affaire est close. La justice ne peut pas sortir du cadre que la République lui a fixé. Elle ne peut pas condamner DSK à avoir les yeux arrachés parceque quelqu’un aurait l’intime conviction qu’il a menti. Elle ne peut pas tirer à pile ou face pour savoir qui va avoir raison.
Affaire classée. C’est comme ça.
Moi, ce qui m’affole, ce n’est pas cette triste affaire (si vous voulez savoir ce que j’en pense, il me semble raisonnable de penser que DSK a été un peu plus insistant qu’il veut bien le reconnaître. Voilà, vous êtes contents). Ce qui m’affole c’est ce qu’on lit depuis : l’avocate de DSK qui clame qu’il est blanchi; et surtout les avocats de Banon et Nafissatou Diallo qui en rajoutent une couche sur le mode “ca y est, maintenant c’est prouvé que c’est un aggresseur”. Sans compter les féministes, qui, si je ne m’abuse, n’en savent pas plus que moi sur cette affaire et qui, sous prétexte qu’elles soutiennent les femmes oppressées, ne peuvent pas imaginer qu’un homme puisse être innocenté dans une histoire de ce genre.
Je suis consterné par cette somme de bêtise, de haine, d’ignorance volontaire ou de cynisme. J’ai envie de disparaître, d’aller finir mes jours ailleurs, loin de ces humains avec qui ne ne peux pas avoir le moindre point commun. J’ai l’impression que c’est de pire en pire, que nous vivons des heures très sombres; que la démagogie et le mensonge ont de plus en plus de pouvoir.
L’affaire DSK/Banon et les commentaires récents ne sont qu’un petit exemple : la démagogie de Melenchon, les mensonges de George Bush, les “éléments de langage” de Sarkozy, l’impunité, Martine Aubry qui raconte que “le système a créé François Hollande”… Tous ces gens qui racontent absolument n’importe quoi sans que ça leur nuise le moins du monde, ça me donne le tournis. Je trouve que ça commence à faire vraiment beaucoup.
La démocratie est quelque chose de fragile. Si on ne la cultive pas, elle meurt. Si on ne cultive pas l’honnêteté intellectuelle, et le débat d’idées, si on sombre dans l’invective et la propagande, elle meurt. J’ai l’impression que ça n’intéresse plus personne. Et j’ai de plus en plus peur. Je ne vois pas comment on va s’en sortir.